Projet ciné-débat : La propagation de la peur en situation de crise sanitaire et d’épidémie à l’écran


Les films qui relatent de la propagation d’un virus mortel sont nombreux et connaissent un fort regain de popularité depuis la crise sanitaire liée au virus du covid-19. Pour ne citer que lui, le film “Contagion”, par exemple, s’est retrouvé propulsé dans le top 10 des films Netflix en février 2020 et a été l’un des films les plus téléchargés sur ITunes en mars 2020, neuf ans après sa sortie. Mais pourquoi cette attraction si soudaine autour de ces films, anxiogènes au premier abord ? Curiosité ou fétichisme universel, nous allons voir les films qui parlent de la propagation de la peur en période de crise sanitaire et d’épidémie.



Les films portant sur des virus mortels ne sont pas nouveaux, si l’on a tous au moins un nom qui nous vient en tête, rares sont ceux qui peuvent citer une référence datant de plus de 20 ans. Pourtant, l’un des premiers films emblématiques du genre est sorti en 1995 : “Alerte !” par Wolfgang Petersen. Le film montre un virus inconnu issu d’un animal, une quarantaine drastique, la recherche d’un sérum…pas de doute ! Le film nous rappelle étrangement quelque chose… Cependant, si Wolfgang Petersen donne un aspect réaliste sur le plan médical, sur le plan militaire, c’est plus discutable. En effet, la cure décidée par les militaires est radicale : on supprime tous les contaminés jusqu’à ce que les généraux suggèrent au président de balancer une bombe thermobarique (espérons que cette idée ne traverse pas l’esprit de notre gouvernement !). Aussi, mystérieuse coïncidence : deux semaines après la sortie du film, une nouvelle épidémie d’Ebola s’était déclarée en République démocratique du Congo.


La même année sort un autre film : “L’armée des 12 singes” de Terry Gilliam. À la suite de la propagation d’un virus ayant décimé toute la population, la vie est devenue impossible sur Terre. Ici, on suit des survivants qui vivent sous terre, mais il n’est pas question de recherche d’un vaccin, les survivants vont tenter eux-mêmes de voyager dans le temps pour comprendre l’origine du virus. Le film est une relecture du film “La Jetée” de Chris Marker (sorti en 1962).


Il est impossible de parler de films portant sur des virus sans évoquer au moins un film de zombies. “28 jours plus tard” de Danny Boyle (sorti en 2003), est un hommage aux chefs-d’œuvre de George Romero (“La Nuit des morts-vivants”, “Zombie” et “Le Jour des morts-vivants) et au jeux vidéo “Resident Evil”. Les morts-vivants sont en fait des victimes d’un virus d’origine animale propagé en Grande-Bretagne (puis dans le monde) après l’intrusion d’activistes antispécistes dans un laboratoire. Vingt-huit jours plus tard, le virus s’est répandu tandis qu’un jeune coursier sort d’un profond coma. Cela vous semble familier ? Et bien le film a inspiré très largement les comics book, puis la série télé “The Walking Dead”, ainsi que le film “World War Z”.


Nous faisons ensuite un petit bond en avant avec “Infectés” d’Alex Pastor & David Pastor, sorti en 2009. L’espèce humaine est menacée par un virus mortel. Nous suivons les périples de 4 protagonistes qui vont éviter les contacts avec d’autres personnes, mais devront faire face à de nombreuses épreuves et combattre leur propre part d’ombre pour s’en sortir. L’aspect psychologique de l’Homme est ici mis en avant, le film nous amène à nous poser directement la question : que serions-nous prêts à faire pour survivre ?


Encore plus prenant, le film “Pandemic” de John Suits, sorti en 2016, nous plonge carrément dans la ville de Los Angeles, contaminée par un virus et où la violence règne en maître et le danger est partout. Un bataillon composé de scientifiques et de combattants équipés de caméras frontales tente de stopper l’épidémie, de secourir les survivants et de lutter contre les personnes infectées.


Plus récemment, la série “L’effondrement” écrite et réalisée par le collectif Les Parasites (collectif français) sortie en 2019 et en collaboration avec Canal+, met en scène plusieurs destins d’individus et de familles dans un monde contaminé par la peur, entre manques de ressources (énergie, nourriture…), émeutes, panique et insécurité. Les auteurs, friands de collapso-logie, mettent en scène des scénarios survivalistes dans un contexte où les citoyens se retrouvent livrés face à eux-mêmes.



Les films évoquant les pandémies sont donc nombreux. La peur relatée dans chacun d’eux reste une peur tirée du manque d’information. Que ce soit de manière volontaire ou non, les interrogations amènent rapidement à une psychose, que ce soit un manque d’information de la part du gouvernement, ou lié à l’épidémie elle-même. Or, quand nous sommes en situation de peur ou d’anxiété, il y a un fort besoin d’être informé. Nous cherchons à connaître la manière dont les maladies se répandent, à apprendre les aspects complexes d’une pandémie. Nous allons donc chercher des renseignements où qu’ils se trouvent et quels qu’ils soient, car l’on sait aussi que la peur va diminuer notre esprit critique et nous rendre plus vulnérables face à de la communication primaire et facile d’accès. D’où le succès des produits culturels de masse comme les films. La peur finit généralement par faire ressortir le lien primaire de la survie, les protagonistes des films auront différentes façons de réagir face à l’épidémie, et surtout d’y trouver une solution : que ce soit en se soutenant, ou au contraire en éradiquant le virus ainsi que toutes les personnes atteintes. Outre les scénarios, les manières de mettre en scène les films ajoutent un effet de peur : des scènes sombres, des films dans lesquels le ciel bleu et le soleil restent rares.


Si ces films sont “dans l’air du temps” c’est évidemment parce que les réalisateurs s’inspirent des épidémies ayant eu lieu les années ou les siècles derniers. Les pandémies restent un sujet fascinant notamment parce qu’aujourd’hui encore, on se retrouve rapidement dépassés par ce genre d’événement, et les expériences passées face à ces catastrophes nous rappellent qu’à part attendre et se protéger au mieux, nous ne sommes que des Hommes. Finalement, les films relatant la peur face à une épidémie nous amènent à nous interroger sur notre propre réaction face à ce genre d’événements. Donc, la peur que cela nous procure peut également être la peur de nos propres agissements, de notre personnalité, et de ce que nous serions prêts à faire pour sauver notre peau.


Pour aller plus loin, l’arrivée du virus a également mis en avant de nombreux secteurs comme celui du jeu vidéo avec, notamment, le jeu “Plague Inc.” sur smartphone dont le nombre de téléchargements s’est vu triplé pendant le confinement. Les Escape Games ont aussi profité de ce phénomène pour proposer des scénarios sur le thème de la pandémie et de la fin du monde. Enfin, la covid-19 a remis au goût du jour certains classiques comme “La peste” d’Albert Camus (paru en 1947) qui a réalisé 40% des ventes habituellement réalisées en une année, en seulement quelques semaines en début d’année 2020. Il a même été premier sur l’ITunes store Italien.

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