À la découverte des acteurs du monde sportif professionnel – Gaston Dewilde

Le pôle des activités sportives a un message pour vous !

Interview Gaston Dewilde 

 

Bonjour à toutes et à tous ! L’équipe du pôle des activités sportives, vous annonce que dans la continuité de notre travail, nous avons décidé de réaliser une de nos interviews dans un format différent, ceci dans le but d’accroître nos compétences. En espérant réussir à captiver et intéresser aussi bien nos lecteurs que ce fut le cas pour nos consommateurs de vidéos dans les précédentes interviews.

Pour cet article, nous avons eu un entretien avec Gaston Dewilde, originaire de Metz, qui a seulement 24 ans a déjà arbitré deux grands chelems ainsi que deux finales de coupe Davis et Fed Cup. En effet, depuis l’âge de 15 ans, Gaston est arbitre de tennis et il a atteint le statut d’arbitre national à ses 19 ans. Nous nous sommes intéressés de près à cet arbitre de haut niveau pour comprendre son quotidien et son ressenti par rapport à l’environnement dans lequel il exerce.

Gaston Dewilde était au plus près de la victoire française lors de la finale de Coupe Davis contre la Belgique. Photo RL

***

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Gaston Dewilde, j’ai 24 ans et je viens de Metz. Je suis arbitre de tennis depuis mes 15 ans et j’ai atteint le statut d’arbitre national à 19 ans. J’ai eu la chance d’arbitrer deux grands chelems et plusieurs Masters 1000 ainsi qu’une finale de Coupe Davis et de Fed Cup. En parallèle de ma carrière d’arbitre, mon cursus universitaire en droit m’a mené à l’obtention d’un Master 2 en droit des affaires internationales en novembre 2020.


Comment peut-on devenir arbitre ?

La première condition pour devenir arbitre est d’être licencié dans un club de tennis. Lorsque l’on est licencié, on va pouvoir s’inscrire à une formation pour devenir arbitre en se renseignant notamment auprès de son club qui pourra vous orienter vers une des formations organisées par la Commission Départementale d’Arbitrage. Un ou plusieurs jours de formation par des arbitres du département permettront aux candidats d’apprendre toutes les bases de l’arbitrage et à l’issue de cette formation, un examen théorique et pratique sera réalisé à la fin duquel le premier grade d’arbitre français (A1) pourra être décerné. Celui-ci permet d’arbitrer les compétitions départementales en tant qu’arbitre de chaise, et certaines compétitions plus importantes en tant que juge de ligne.


Qu’est-ce qui t’as donné envie de devenir arbitre ?

Mes premiers pas dans le tennis professionnel se sont faits en tant que ramasseur de balles sur le Moselle Open à Metz, en 2009 et 2010. Souhaitant vraiment continuer à côtoyer le haut niveau, j’ai suivi les pas de mon grand frère qui était arbitre de tennis à Roland-Garros en 2010 et me suis lancé dans une formation pour devenir A1. J’ai tout de suite pris beaucoup de plaisir à arbitrer au niveau départemental et régional, sans oublier l’idée de retrouver le circuit professionnel et c’est cette envie qui m’a amené à arbitrer mon premier Moselle Open en 2012. Depuis, l’envie d’arbitrer au plus haut niveau est intacte et la formation de jeunes arbitres est devenue une motivation supplémentaire.


Comment as-tu réussi à jongler entre ta vie étudiante et ta vie professionnelle en tant qu’arbitre ?

L’équilibre entre ma vie étudiante et ma vie professionnelle n’a jamais été simple à trouver. Je souhaitais vraiment arbitrer autant que possible, mais je suivais des études exigeantes qui ne permettaient pas de partir aussi souvent que je le souhaitais. Pour mieux jongler entre les deux, je profitais déjà de toutes les vacances universitaires pour partir arbitrer, donc j’arbitrais presque toutes les semaines en été, mais aussi pendant les vacances de février ou de la Toussaint. Ensuite, j’essayais d’arbitrer le week-end dans la région pour continuer à avoir une activité importante. Enfin, si je devais louper des cours, je m’arrangeais toujours pour le faire lors de semaines moins chargées ou en m’organisant à l’avance. Ainsi, le plus compliqué selon moi est de bien s’organiser pour réussir à jongler idéalement entre les études et l’arbitrage, mais si c’est organisé de manière efficace, alors il est possible de concilier les deux.

Quelles sont les qualités requises pour devenir arbitre professionnel ? Tes études supérieures en droit t-ont-elles permis d’acquérir des compétences pour le poste d’arbitre ?

Plusieurs qualités sont requises pour devenir arbitre professionnel. Certaines de ces qualités sont évidentes comme une très bonne vue et la capacité à maintenir une concentration importante à tout moment. Ensuite, devenir un bon arbitre demande une gestion globale de tout ce qui se passe sur le terrain comme la gestion des joueurs, du public, des juges de ligne et dans cette gestion globale, avoir une bonne communication va devenir essentiel pour mener à bien la mission de l’arbitre de chaise. Enfin, se tenir de manière irréprochable, sur le terrain et en dehors, est primordial pour réussir en tant qu’arbitre professionnel.

Concernant l’influence de mes études sur mon poste d’arbitre, je suis devenu arbitre avant de devenir étudiant en droit donc je pense que c’est davantage être arbitre qui m’a donné des qualités pour réussir en droit. Être arbitre m’a permis de développer une capacité à rester concentré dans des moments délicats et d’être en permanence très bien organisé, qualités qui m’ont beaucoup servies pour réussir mes études de droit, notamment dans la préparation de mes examens et la gestion des partiels.

Je pense qu’une qualité apportée à l’arbitrage par mes études de droit pourrait être mon niveau d’anglais, ayant suivi une dizaine d’heures d’anglais par semaine pendant ma licence et étant parti un an à l’étranger en Master 1.

Gaston Dewilde en tant que juge de ligne au Master 1000 de Paris-Bercy


Comment un arbitre gère-t-il la pression des matchs et des possibles erreurs de jugement ?

La pression des matchs, surtout au niveau professionnel, est ressentie différemment par les arbitres. Pour échanger constamment avec d’autres arbitres, il en ressort que chacun gère la pression d’un match par des méthodes différentes. Certains arbitres se servent de la pression engendrée par l’intensité du match ou par le public en prenant un rôle très actif sur le court et en utilisant cette pression à leur avantage, en s’impliquant totalement dans la rencontre. D’autres arbitres préfèrent une approche plus classique, en misant sur une concentration et une rigueur à toute épreuve afin de gérer au mieux la partie et donc la pression.

Étant quelqu’un de très organisé, pour moi la gestion d’un match commence dès sa préparation, en se concentrant bien avant l’entrée sur le terrain, préparer son match toujours avec la même rigueur et effectuer souvent des habitudes similaires avant et pendant un match, comme les joueurs finalement. L’expérience acquise d’un match à l’autre permet aux arbitres de progresser et de ressentir de moins en moins cette pression.

Concernant les erreurs de jugement, chaque arbitre apprend à les gérer différemment et comme je le mentionnais juste au-dessus, c’est l’expérience acquise qui va aider chaque arbitre à gérer ces erreurs. Le tennis est un sport où les décisions arbitrales se jouent au millimètre et les erreurs peuvent arriver. L’important pour un arbitre est de rester concentré au maximum afin d’éviter ces erreurs et surtout avoir la capacité de ne pas être affecté pour pouvoir garder le contrôle de la rencontre. Avec l’expérience, un arbitre va faire de moins en moins d’erreurs et surtout va apprendre à mieux les gérer pour ne pas perdre le contrôle du match.

Comment gère-t-il les possibles énervements des joueurs sur le court ?

Cette question rejoint cette idée de gestion du match et de la pression pour un arbitre. Les énervements des joueurs font partie du jeu et c’est à l’arbitre de les gérer de la manière la plus efficace possible, en maintenant le contrôle de la partie. Pour aider l’arbitre, un code de conduite existe pour sanctionner les joueurs qui auraient un mauvais comportement sur le court, allant d’un avertissement et des points de pénalité à une disqualification du joueur. La gestion de l’énervement des joueurs va devoir notamment être gérée par la communication, que je mentionnais comme l’une des qualités essentielles pour devenir arbitre. Ainsi, par une communication claire et efficace selon le joueur, l’objectif principal de l’arbitre dans ce genre de situation est d’amener les joueurs à avoir un comportement qui soit le plus professionnel sur le court.

Quel est le match le plus impressionnant que tu aies arbitré ?

Je ne pourrais pas penser à un match en particulier, j’ai arbitré beaucoup de matchs qui m’ont énormément marqué pour différentes raisons. Certains événements que j’ai pu arbitrer comme la finale de Coupe Davis en 2017 entre la France et la Belgique à Lille ou la finale de Fed Cup en 2016 entre la France et la République Tchèque m’ont particulièrement marquées. La finale de Coupe Davis, dans un stade complet avec plus de 30 000 spectateurs est probablement l’événement qui m’a le plus marqué, tant l’ambiance était absolument incroyable.


Comment la pandémie mondiale a-t-elle impacté le poste d’arbitre professionnel (notamment par rapport à la suppression des juges de ligne sur certains tournois) ?

La pandémie mondiale a fortement impacté le poste d’arbitre professionnel, notamment en raison du manque de tournois, car évidemment, très peu de tournois ont été joués en 2020 et le calendrier 2021 évolue de jour en jour. L’absence de tournois a donc forcé la plupart des arbitres professionnels à voir leur activité très réduite ces derniers mois et leurs habitudes changer, car ils sont habitués à voyager dans le monde près de 35 semaines par an, ce qui n’est évidemment plus possible aujourd’hui. Finalement, c’est le principal changement pour les arbitres, car sur le terrain, les choses n’ont pas vraiment changé, à l’exception de la mise en place de protocoles pour respecter les gestes barrières et éviter la propagation du virus. Désormais, et lors de chaque tournoi, les arbitres sont testés régulièrement et ont des consignes pour le respect des gestes barrières sur le court et en dehors, mais l’arbitrage en tant que tel n’a pas vraiment changé.

En ce qui concerne la suppression des juges de ligne sur certains tournois, celle-ci avait été initiée depuis quelques années et la pandémie a forcément eu un effet accélérateur. Cependant, le maintien ou non des juges de ligne reste la décision des organisateurs de tournois et les juges de ligne restent très importants dans les tournois internationaux. On peut d’ailleurs souligner le fait que la Fédération Française de Tennis, que ce soit à Roland-Garros, au Rolex Paris Masters ou aux différents événements récents et à venir, a maintenu la présence de juges de ligne et insiste, à raison, sur leur importance lors des tournois, sur les terrains comme en dehors.

Comment te vois-tu dans 10 ans ?

Il m’est difficile de répondre à cette question. Idéalement, j’aimerais bien continuer autant que possible à exercer la fonction d’arbitre, même si ce n’est pas forcément mon objectif d’en faire mon métier à plein temps. Je souhaite continuer à vivre toutes les émotions que j’ai pu vivre ces dix dernières années et que seul l’arbitrage m’a apporté. L’arbitrage m’a permis de découvrir plusieurs continents, plusieurs pays et autant de cultures, j’espère que je pourrai continuer cette découverte par l’arbitrage de tournois partout dans le monde.

Gaston Dewilde lors d’une rencontre opposant Pauline Parmentier à Virginie Razzano