Projet ciné-débat: l’horreur au cinéma

Histoire

 Tous les arts abordent le thème de l’horreur et de l’épouvante, il est donc logique de le retrouver dans l’art naissant du cinéma. Ainsi, le cinéma d’épouvante commence avec les films muets 1895-1930. Le grand intérêt du public pour ce genre naît avec le cinéma expressionniste allemand avec notamment deux films emblématique que sont Le Cabinet du docteur Caligari (1920), de Robert Wiene, et Nosferatu le vampire (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, qui est probablement l’un des films les plus important pour l’émergence du genre. En parallèle, on retrouve aussi le cinéma scandinave avec le film La Sorcellerie à travers les âges (Häxan), sorti en 1922, qui est l’un des premiers classiques traitant de magie noire et de pacte avec le Diable.  Ensuite, on retrouve aussi le cinéma américain avec des films comme Le Fantôme de l’Opéra (1925) de Rupert Julian avec l’acteur Lon Chaney qui représente à lui seul le cinéma d’horreur à l’époque avec ses rôles dans d’autres films d’épouvante. Ce film est produit par Universal Pictures, ce qui montre l’importance à venir des studios dans le cinéma. Par la suite le cinéma d’horreur évolue dans les années 1930 à 1950, avec des films tels que : Dracula de Tod Browning (d’après le roman de Bram Stoker), Frankenstein de James Whale (d’après le roman de Mary Shelley) et Docteur Jekyll et Mr. Hyde de Rouben Mamoulian (d’après le roman de Robert Louis Stevenson).

La première utilisation du terme « film d’horreur » fera notamment son apparition avec le film Dracula.

Dans les années 50 commence avec la guerre froide, le maccarthysme, la peur du nucléaire et des expérimentations scientifiques: l’horreur dans le cinéma fait donc son apparition dans la science-fiction avec des films comme Des monstres attaquent la ville (1954) de Gordon Douglas ou encore L’étrange créature du lac noir (1954) qui présente le premier monstre aquatique. Le cinéma de l’horreur va continuer sa route de 1960 jusqu’à nos jours en continuant de se réinventer au fil des décennies.

Psychose d’Alfred Hitchcock, 1960. Ce film est considéré comme l’un des premiers films à suspense du genre. La fameuse scène du meurtre dans la douche reste encore de nos jours comme une des plus marquantes.

The Exorcist (1973) est pionnier dans la représentation d’un exorcisme. Il connaîtra un succès commercial considérable, devenant un véritable « phénomène de société » et terrorisera de nombreux spectateurs.

Massacre à la tronçonneuse (1974) marque le cinéma d’horreur avec un style quasi documentaire.  Ce film est controversé avec une réputation de film gore même si aucune scène du genre n’est réellement présente dans ce film. Il tient en réalité cette réputation des films portant le même nom qui suivront quelques années plus tard. Il s’inscrit plutôt dans le système survival. Quelque année plus tard, La colline a des yeux (1977) s’inscrira dans le même genre.

Le slasher est né en 1974 avec Black Christmas de Bob Clark. Le slasher prend son essor avec le succès de La Nuit des masques (1978) plus connu sous le nom de Halloween. Ce genre met en scène un tueur masqué qui poursuit un groupe de jeune adolescent. Ce tueur est généralement vaincu par un protagoniste féminin appelé “la dernière survivante”. Cette gimmick va être utilisée et ré-utilisée à mainte reprise par beaucoup de slashers qui reprendront des codes similaires et les adapteront à leur sauce.

Par la suite, en 1978, on trouve des films avec des monstres. Apparition du genre Zombie, avec notamment La Nuit des mort-vivants. Ce genre mélange action et gore. En 1979, on retrouve des films d’Alien, notamment Alien, le huitième passager, qui mélange science-fiction et horreur. En 1980 sort Cannibal Holocaust qui marque l’apogée du film cannibal. C’est aussi en 1980 que sort le film Shining qui « explore les horreurs bien réelles de l’héritage de l’Ouest américain : alcoolisme, enfance maltraitée et violence conjugale ». Par la suite en 1981, le thème du loup-garou se voit révolutionné avec Hurlements, car la lycanthropie n’est plus vue par le protagoniste comme une malédiction mais est pleinement assumée, ce qui amène à un regain d’intérêt pour les films de loup-garous. En 1988, sort Jeu d’enfant de Tom Holland, qui parle d’une poupée, bien connue de tous, possédée par l’âme du psychopathe Chucky.

Cependant durant la deuxième moitié des années 1980, le genre horrifique connaît un déclin car un grand nombre de films sont considérés comme insipides, reprenant toujours les mêmes codes sans prise de risques provoquant de la lassitude chez le public.

Néanmoins, en 1992 sort Candyman qui est l’un des films d’horreur les plus réussis de sa décennie. Le personnage de Candyman est une allégorie des peurs et des légendes qui naissent dans les milieux urbains, mais il est aussi vu comme un symbole social représentant les difficultés d’intégration et des discriminations envers les minorités afro-américaines.

La sortie du slasher Scream en 1996, permet un renouvellement de ce genre tout en le détournant vers un mode sarcastique mais en conservant “les ingrédients classiques de l’épouvante”. Avec des personnages principaux qui connaissent très bien les films d’horreur et s’y réfèrent. On assiste donc à une renaissance du slasher avec des films comme Scream, Souviens-toi…l’été dernier et Halloween, 20 ans après grâce à leurs mises en scène amenant délibérément à la réflexion des personnages.

La sortie en 1998 du films japonais Ring permet la popularisation du cinéma d’épouvante asiatique dans les pays occidentaux. La J-Horror est portée principalement par trois réalisateurs: Nakata, qui réalise Ring et Ring 2 (1999), Takashi Shimizu avec Ju-on: The Grudge (2002) et Kiyoshi Kurosawa qui réalise Séance (2000) et Kairo (2001). De 2002 à 2006 , la J-Horror fait l’objet de plusieurs remakes américains comme Le Cercle en 2002. De plus, les années 2000 sont les années des remakes en tout genre avec Massacre à la tronçonneuse (2003), Amityville (2005), La Maison de cire (2005) etc.

Dans les années 2000, on voit aussi l’émergence de la Corée du Sud dans le cinéma d’horreur avec des films comme Phone (2002), Deux Soeurs (2003), The Wig (2005), Death Bell (2008). Par la suite, le cinéma coréen continue à se distinguer avec notamment les thrillers horrifiques comme J’ai rencontré le Diable (2010) , The Strangers (2016), et les film de zombies Dernier train pour Busan (2016) et #Alive (2020). On note également des films dans le genre action et horreur comme The Divine Fury (2019).

La popularité des films en found footage continue avec la sortie de Grave Encounters en 2011, de [REC] 3 Génesis en 2012, et de Unfriended en 2014, ainsi que de plusieurs films de la franchise Paranormal Activity. 

Un retour aux œuvres avec un budget important sera également effectué comme avec le film Insidious (2010) ou encore Conjuring: Les dossiers Warren (2013) et sa suite Conjuring 2: Le cas Enfield (2016). Ces réalisations redonnent un souffle à l’horreur paranormale, permettant de réintroduire une réalisation et des plans de caméra soignés qui avait été occultés par le found footage. Ce nouveau souffle est également trouvé du côté du cinéma d’horreur indépendant et/ou à petit budget avec des films tels que Mister Babadook (2014) et It follows (2014) qui ont eu de bonnes critiques.

Le saviez-vous ? En 2017, le film Ça bat des records au box-office. Get out sorti la même année, remporte l’Oscar du meilleur scénario original. Le cinéma de l’horreur se porte donc à merveille et atteint une popularité sans précédent qu’il va désormais falloir maintenir afin de ne pas retomber dans une lassitude générale des spectateurs.

Les différentes catégories d’horreur 

Le genre horreur est communément, pour les non adeptes du genre, regroupé que dans film d’horreur mais la réalité est toute autre. En s’intéressant au sujet on y remarque une multiplicité de sous genres listés ici. En revanche, une entière exploration des sous genres est quasi impossible, tant le style est vaste et regroupe un nombre de cultures important qui proposent toutes une approche plus ou moins différente. C’est pourquoi la démarche ici est de présenter en toute humilité les mouvements que nous considérons comme principaux de la catégorie et ceux qui ont vraiment marqué de leur empreinte l’histoire du cinéma tout en s’appuyant sur quelques films notables de ces sous-genres.

L’exorcisme

Commençons par une catégorie parlante pour le plus grand nombre, c’est-à-dire les films d’exorcisme. Certainement, l’une qui a inspiré le plus d’auteurs, mais qui sait encore aujourd’hui attirer son public. On peut bien sûr évoquer le film lançant ce sous genre : “L’Exorciste”, sorti en 1973, réalisé par William Friedkin. Ce film, adapté d’un roman de 1971 écrit par William Peter Blatty, s’inspire de faits réels s’étant produits en 1949. L’histoire repose sur la possession d’une petite fille, Regan McNeil, habitée par un démon ne voulant plus sortir de son corps. Elle est prise alors de convulsion, de spasmes assez violents qui l’ont conduit à devoir se faire exorciser. Ce film est un véritable succès et se révèle être parmi les plus appréciés par les spectateurs, notamment par le traumatisme qu’avait infligé cette œuvre chez certains spectateurs. Une fois les bases posées, de nombreux films s’en inspireront. On pourrait citer encore “The Ring”, film d’horreur japonais datant de 2002 ou plus récemment “The Grudge” sorti en 2020. L’idée est toujours sensiblement la même: on fait en sorte qu’un lieu soit rempli d’esprits ou qu’une personne en particulier soit possédée par un démon de sorte à ce qu’un prêtre puisse intervenir en récitant des paroles sacrées et de balancer de l’eau bénite afin d’essayer d’éradiquer le mal. Scénario désormais classique mais que chaque réalisateur peaufinera avec ses spécificités et plans.

Le found footage “Enregistrement trouvé”

Ce sous-genre, bien que fictif, se veut réaliste. Il se compose de reconstitution d’images ou de vidéos filmées par une victime la plupart du temps. Le spectateur ici connaît bien en avance à quel type de films s’attendre. En effet, quand on reprend pour les plus connus du sous-genre, “Le projet Blair Witch” de 1999 ou la saga “Rec”, l’histoire nous emmène à chaque fois dans un univers bien défini où la terreur se fait très vite ressentir. Les plans de caméras parfois pris de manière amateur renforcent l’idée de réalisme. La caméra peut tomber tout en filmant des scènes abominables. Des doutes sur certains films ont même poussé les distributeurs à les interdire comme par exemple “Cannibal Holocaust” sorti en 1980 où lors d’une expédition de journalistes en Amazonie, des images et des vidéos sont retrouvés sur place par des secours, se doutant que quelques choses s’est produit là-bas. On nous montre alors des scènes de cannibalisme plus vraies que nature. Le réel et la fiction se mêlant beaucoup trop, le film est catégorisé comme “snuff movie” en raison de meurtres réels d’animaux. Le film est interdit au visionnage dans plus de 60 pays encore aujourd’hui.

 Le Slasher

Le slasher a pour but de mettre en scène un tueur en série psychopathe qui a l’intention de s’en prendre à un groupe de personnes bien défini pouvant être un groupe d’amis ou bien d’habitants d’une ville en particulier. Le visage du meurtrier est la plupart du temps gardé secret jusqu’à la fin de la narration où l’on apprend plus sur lui. Le slasher est né en 1974 avec “Black Christmas” de Bob Clark. Ce sous-genre engendre un grand nombre d’œuvres cinématographiques durant les années 1980. “Halloween” 1er du nom sorti en 1978 pourrait être cité comme exemple. Mettant en scène un psychopathe qui aurait du être jugé pour le meurtre de sa soeur tuée à coup de couteau, le soir d’Halloween, il réussit à s’échapper avant son jugement et revient dans sa ville natale. Bien que le spectateur sait qui est le tueur ici, (Michael Myers), il n’en reste pas moins mystérieux de par le manque d’informations concernant sa vie; informations qui seront distillées au fur et à mesure des films. Les autres protagonistes s’apercevront de l’identité du tueur, en revanche qu’à la fin du film en réussissant à enlever le masque du tueur permettant de découvrir qui il est réellement. La fin du film permettra d’en produire par la suite 11 autres, y compris un qui sortira en 2022.

Fantastique 

C’est peut être le sous genre le moins précis puisqu’il regroupe à lui tout seul d’autres sous-genres du type. Le film se déroule dans un monde réel et le fil de l’histoire va faire basculer la narration dans le fantastique par des scènes surnaturelles accompagnées de créatures comme des fantômes. “Shining” de Stanley Kubrick sorti en 1980 est considéré par beaucoup comme un classique du cinéma d’horreur. 3 éléments sont réunis dans ce film que l’on retrouve dans pas mal de films fantastiques: une maison hantée (qui est plus précisément un grand hôtel), un personnage central Jack Torrance (interprété par Jack Nicholson) qui est pris d’une psychose meurtrière le poussant à vouloir exterminer toute sa famille mais aussi des perceptions par son fils Danny, de jumelles qui sont en réalité des fantômes hantant l’hôtel.

Le gore 

Ce sous genre met en scène principalement des situations où le sang gicle à profusion pouvant parfois provoquer le rire du spectateur tant certaines scène sont risibles, mais également dans certains cas provoquet le dégout avec l’utilisation de la torture. Lorsqu’on pense au gore, on pense immédiatement à la série de films “Saw”, initiée par James Wan, qui met en lumière un tueur en série imposant à ses victimes le choix entre la vie et la mort dans des pièges tous plus sadiques et sanglants les uns que les autres. Le tout étant bien évidemment distillé dans des enquêtes policières avec quelques rebondissements. On pourrait encore citer “The Human Centipede”, sorti en 2009, montrant les macabres réalisations d’un chirurgien allemand ayant l’idée de former à l’aide de trois touristes un mille pattes en les reliant.

Survival

Le sous genre qui se rapproche le plus du survival est certainement le slasher; la différence entre les deux étant que dans un survival c’est la personne ou le groupe d’amis qui vont provoquer leur destin en rencontrant l’être maléfique (psychopathe ou monstre surnaturel) comme dans “The Predator”. La traque se déclenche à partir du moment où la rencontre se produit, dans un environnement inconnu pour les victimes (du type zone montagneuse, forêts, etc.) Les classiques notables dont on pourrait parler seraient : “La colline a des yeux” et “La dernière maison sur la gauche” réalisés tous deux par Wes Craven. On notera que l’éclairage y est souvent très sombre et terne, accompagné d’une musique plutôt rythmée afin de tenir le spectateur en haleine tout le long de cette traque.

Le film de zombies

Le film de zombies est caractérisé, comme son nom l’indique par la présence de cadavres humains ressuscités ou de personnes ayant succombées à une infection. Cette dernière s’explique la majorité du temps de manière scientifique, mais il arrive que l’origine de la transformation reste inexpliquée. George Romero, surnommé “Le roi des zombies”, est reconnu pour avoir souvent mis en valeur des morts-vivants dans un but satirique. On pourrait citer “La nuit des morts-vivants” et “Le territoire des morts” ayant pour but d’incriminer les discriminations dans nos sociétés. De même, dans “Zombie”, la société de consommation y est ouvertement critiquée. Les groupes de personnes impliquées dans la narration devront s’organiser pour survivre dans une société qui est désormais bouleversée. Pourtant, on retrouve tout aussi bien des films délirants ayant pour thème les morts-vivants et ne poussant pas à la réflexion comme la saga sortie entre 1981 et 1992 “Evil Dead”.

Comédie horrifique 

La comédie horrifique n’est pas un film qui va provoquer la peur, mais plutôt le rire en se moquant des clichés des films d’horreurs. L’humour peut y être sous-entendu comme dans les satires Trash étant une sous catégorie du genre mêlant la volonté d’ultra vengeance cathartique mais toujours une touche humoristique. Les comédies d’épouvante en revanche, recherchent plus la peur du spectateurs en restant tout de même comique On retrouve comme classiques : “Bienvenue à Zombieland”, (2009) ou bien la saga de 5 films : “Scary Movie”, crée par Shawn Wayans et Marlon Wayans, qui est certainement la saga à succès la plus reconnue du sous genre.

Thriller 

Le thriller est une combinaison avec d’autres genres comme le thriller politique ou thriller psychologique, qui permet de créer chez le spectateur des tensions dans un film à suspens avec notamment l’utilisation de nombreux retournements de situations. Le thriller va créer un sentiment de suspense, de surprise, d’excitation et d’anxiété. On retrouve des films tels que “Get out” (2017) et “Us” (2019), tous deux de Jordan Peele ou encore “Countdown” (2019). Il est important de noter qu’on y retrouve également des films plus anciens comme avec : “Rebecca” (1940) d’Alfred Hitchcock, considéré par beaucoup comme le maître du suspens, qui mettra en scène une jeune femme confrontée à un adversaire dérangé. On retrouvera ce genre de trame narrative assez souvent dans d’autres films.

La liste des films et des sous-genres est longue et ne peut être résumée en quelques pages mais nous espérons avoir réussi à vous faire un petit tour d’horizon de ce que peut proposer l’horreur au cinéma. Quand bien même il a connu ses périodes assez creuses et lassantes pour les amateurs du genre, ce genre, finalement assez grossier et fourre-tout, n’a fait que de se réinventer au fil des décennies pour le bonheur des spectateurs terrifiés.

Le pôle ciné-débat.